De la première mention à la chute de l’Empire Napoléonien

La première mention de Saulcy date de 1327. A cette époque, on ne pouvait certainement pas parler de village proprement dit mais plutôt d”un groupe de ferme. La partie basse du village constitue la partie la plus ancienne de la localité, ce qui s”explique probablement par la présence de puits au Péca et raccordés astucieusement directement dans les anciennes fermes. Un document datant de 1181 fait part du hameau de la “Racine” (à l’Est de Saulcy), mais cela ne signifie pas obligatoirement que ce dernier soit plus ancien.

La localité n’a pas été épargnée par la guerre de trente ans (1618-1648). Après le pillage du village et la mort d”une bonne partie des hommes aptes à combattre dans les armées suédoises, la peste s’est abattue sur le village. Il va sans dire que cette période connut un certain exode.

Dès le 17ème siècle (et peut-être avant), le point de départ des limites du territoire de Saulcy a été déterminées par la borne du “Cellier”. On peut encore admirer cette dernière qui est très bien conservé en bordure du pâturage du Nirveux.

Après la Révolution française, en 1793, les premières élections eurent lieu à Saulcy. Ainsi, naquit la commune. Antérieurement, le territoire de Saulcy était dépendant de Glovelier (une autorité bourgeoise était par ailleurs en place). La commune faisait donc partie du Département du Mont Terrible et plus particulièrement du Canton de Glovelier. Avec l’annexion à la France, la langue officielle fut le français. C’est dès lors que le patois débuta sa décadence.

Puis, avec la chute de l’Empire Napoléonien, le territoire de l”Ancien Evêché de Bâle fut rattaché au canton de Berne en 1815. Ce qui marqua un retour aux anciennes coutumes.
Ci-dessous, la plus vieille pierre de taille conservée du village, sur le fronton de l’entrée de l’immeuble situé à la rue des Courtils 6. On peut distinctement lire 1685, date à laquelle cette maison fut construite.

De 1900 à nos jours

Au passage, notons quelques dates importantes. Le premier téléphone fut installé en 1897, dans l’immeuble de la rte de Bollement 2, (ancienne poste de l’époque). Le village fût électrifié en 1916 et l’eau courante a été amenée des Franches-Montagnes entre 1955 et 1956.

Dans les années 1930 à 1939, Saulcy figurait parmi les plus petites communautés rurales jurassiennes. Sur les 230 habitants, plus de 90 % vivaient de l”agriculture. Il faut bien se rendre compte que le plus populaire des métiers du secteur primaire n”était pas comparable avec celui que nous connaissons aujourd’hui. Presque toutes les familles villageoises avaient un niveau de vie très modeste, bien que tous possédaient une étable et quelques ares de terre cultivable. A l”intérieur de ces premières, on y trouvait deux chevaux (jusqu”à cinq pour les rares grands paysans), entre deux et cinq vaches, parfois quelques poules ou encore une petite porcherie.

Les agriculteurs vivaient alors uniquement de leur propre culture maraîchère et céréalière, ainsi que du produit que pouvait rapporter la vente d”un porc ou d”une génisse. C’est seulement au cours de l”année 1938 que fut construite à Saulcy une petite laiterie, et c”est grâce à cette infrastructure que les paysans purent enfin recevoir un premier revenu avec l’écoulement de ce précieux liquide.

Comme la mécanisation était très peu avancée à Saulcy, les chevaux servaient d”animaux de trait pour les travaux des champs. Ils pouvaient être attelés soit à un char, une charrette ou une faucheuse. Ils étaient également utilisés en forêt, pour le débardage du bois. Saulcy à cette époque ne comptait que cinq voitures. C”est seulement à la fin de la guerre 39-45 que l’on vit apparaître les premiers tracteurs.

Les familles agricoles étant très nombreuses, il était difficile de vivre avec un seul salaire mensuel provenant de la vente du lait. C”est ainsi qu”une ” caisserie ” permettait aux paysans ainsi qu”aux aînés de leurs enfants de gagner un peu plus d”argent pour arrondir les fins de mois. Il s”agissait d”une petite entreprise autonome qui construisait des caisses destinées à exporter des produits finis provenant du secteur de l”horlogerie. Il n”y avait pas de gérant, et l’heure de travail était rétribuée à 50 centimes.

Souvent aussi, les plus petits agriculteurs exerçaient un autre métier pendant l”hiver, la période de l”année où il y avait le moins de travail à la ferme. Ainsi on pouvait rencontrer un maçon et deux bûcherons travaillant pour la commune. Certaines familles s”occupaient de petits commerces pendant toute l”année. Il y avait à Saulcy un forgeron, un cordonnier et son épouse qui était sage-femme, une petite épicerie et une couturière. Le seul commerce du village qui ne possédait pas d”exploitation agricole était la menuiserie. Il s”agissait de la seule véritable entreprise villageoise, et son propriétaire Monsieur Cattin, était spécialisé dans la fabrication de tabourets. L”hôtel Bellevue surnommé ” les 18 fesses ” possédait lui aussi sa petite exploitation agricole. Même à la cure, l’abbé Stemmlin possédait une vache. Seuls l”instituteur et l”institutrice Monsieur et Madame Marquis n”exerçaient que cette fonction.

Il n”y avait à Saulcy aucun réformé, étant donné l”incompatibilité de communauté qui régnait entre catholiques et protestants à cette époque. Ces réminiscences dues, principalement aux fâcheuses répercussions politico-religieuses du “Kulturkampf” des années 1870 à 1880, période pendant laquelle les curés catholiques du Nord Bernois furent persécutés par les autorités du canton.

Concernant l”éducation, l”école ne comptait que deux classes d”une quinzaine d”élèves par degré. Madame Marquis enseignait aux 1ère, 2ème et 3ème années, alors que son mari, Monsieur Marquis, s”occupait de la classe de 4ème année à celle de 8ème année. Il était presque impossible d”envoyer ses enfants à l”école secondaire de Bassecourt, étant donné la longueur du trajet entre ces deux communes. Ce n’est qu’un peu plus tard, qu’une voiture postale fera la liaison.

La situation géopolitique de Saulcy ne connut plus de changement majeur jusqu”à la création du Canton du Jura le 1er janvier 1979.

Pour plus de précisions, voir “Saulcy, histoire d’une communauté rurale jurassienne” de Gilbert Lovis, Editions Le Pays

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